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TÉMOIGNAGE: 25 ANS D’ENSEIGNEMENT À L’UQAM










TÉMOIGNAGE: 25 ANS D’ENSEIGNEMENT À L’UQAM
par José Del Pozo, professeur d’histoire, UQAM.

     En janvier 1975 je commençais à donner mon premier cours  d’histoire à  l’UQAM, un cours portant sur le “Monde occidental de 1815 à 1890". Michel Grenon, à l’époque directeur du département, m’avait offert cette charge de cours peu après que Nadia Eid, directrice aux études avancées, m’eut annoncé que j’avais été accepté comme étudiant à la maîtrise.
     Pour le nouveau venu que j’étais, il s’agissait de grandes nouvelles et en même temps d’un défi considérable. J’étais arrivé de mon pays d’origine, le Chili, il y avait quelques mois seulement, ayant mis les pieds à Québec, ma première ville, en mars 1974. J’avais été professeur universitaire au Chili et avais fait des études avancées en Allemagne, antécédents qui expliquent possiblement le traitement assez inusité que je reçus à l’UQAM. Au mieux, je m’attendais à un poste d’auxiliaire d’enseignement pendant que je faisais mes études, surtout après l’expérience vécue à l’université Laval où j’avais été refusé comme étudiant à la maîtrise. Il était difficile, d’après ce qu’on m’avait dit à Québec, d’évaluer la qualité de la formation reçue au Chili...

     Je n’oublierai pas de sitôt cette première expérience. Je dois ma reconnaissance aux étudiants qui suivirent ce cours avec moi, qui ne firent jamais la moindre remarque sur mon accent et qui comprirent -ou firent semblant, peut-être- tout ce que je leur disais... Mon français était donc potable, mais l’effort de donner un cours pendant trois heures dans une langue autre que la mienne était épuisant. À cela s’ajoutait l’incertitude d’emploi et le stress de voyager chaque semaine de Montréal à Québec, où je continuais à résider avec ma petite famille.

     Comme, après tout, les choses marchèrent bien, Jean-Paul Bernard, le successeur de Michel Grenon, m’annonça que je pouvais continuer à enseigner. Je suis donc devenu chargé de cours “professionnel”, avec deux charges par session, et parfois même une charge à l’été. Nous sommes donc déménagés de Québec et avons établi domicile à Longueuil, où je réside encore.

     C’est ainsi que j’entrepris mon séjour à l’UQAM, qui a passé par diverses étapes. La période de chargé de cours se prolongea de 1975 à 1982. Lors de cette dernière année, j’obtins une situation plus avantageuse, en devenant professeur substitut. Entretemps, j’avais complété la maîtrise et commencé le doctorat, à l’Université de Montréal. J’enseignais aussi à temps partiel au Cégep de Saint-Hyacinthe et parfois, je donnais de charges de cours à l’Université de Sherbrooke et à l’UQTR. En 1986 je terminais mon doctorat et à l’année suivante je devenais professeur régulier, quoique à demi-temps. Enfin, en octobre 1997, mon poste devenait temps plein.

     Comment me suis-je senti pendant ces années, surtout au début? Il va sans dire que l’expérience à été très différente de ce que j’avais connu au Chili. Des horaires comportant trois heures d’affilée, même avec une pause, je n’avais jamais vu cela, étant habitué à un système dans lequel un cours se donnait par tranches d’une heure ou d’une heure et demie, deux fois par semaine. Des étudiants qui travaillaient deux ou trois jours par semaine, non plus. Des discussions pour faire approuver  l’ “entente d’évaluation”, encore moins! Des sessions d’à peine quinze semaines, après avoir vécu dans le système de cours qui duraient toute une année, non plus. Et à l’époque où il n’y avait pas de syndicat des chargés de cours,  n’étant pas considérés comme “salariés”, nous étions payés deux fois par session, en “honoraires”. Mes finances étaient donc fragiles à certains moments, et à une occasion Jean-Paul Bernard eut la générosité de m’avancer de l’argent, de sa poche.

     L’enseignement en soi a posé certains problèmes particuliers. Il fut évident dès le départ que l’Amérique latine était -et elle demeure encore- un élément secondaire dans la formation des étudiants. Rares sont ceux qui prennent plus d’un cours dans ce domaine. Ce n’est pas facile non plus de parler des pays sur lesquels les étudiants ont très peu de connaissances préalables. De plus, ils ne sont pas très familiers avec les repères fondamentaux sur la littérature, le cinéma, la musique, le sport... Par contre, l’intérêt envers l’Amérique latine existe: chaque session, depuis de nombreuses années, il y a toujours un cours à l’affiche sur la région, et la clientèle n’a jamais manqué.

     Le bilan est somme toute très positif. Je crois m’être toujours bien entendu avec les étudiants. Je suis content d’avoir contribué à la connaissance de cette partie du monde, dont la place s’est accrue petit à petit au département. En 1975, il y avait  dans la banque du département un seul cours sur l’Amérique latine; aujourd’hui, il y en a quatre. Depuis quelque temps, il est possible de faire des études avancées sur l’histoire de la région, ce qui était exclu auparavant. La publication de plus en plus fréquente de livres d’histoire en français sur l’Amérique latine,  de romans traduits en français, la prolifération de films et d’autres outils audio-visuels qui permettent de diversifier l’enseignement constituent autant d’éléments favorables. Enfin, à un niveau plus global,  j’ai eu à l’UQAM la possibilité de faire de la recherche, publier, participer à des congrès et  faire une carrière que j’avais à peine entreprise dans mon Chili natal et dont la continuité était très douteuse le jour où j’ai donné mon premier cours, au Pavillon Read, coin Saint-Alexandre et la Gauchetière, un jour de janvier 1975, il y a 25 ans.

(Publié dans Bulletin du département d’histoire, UQAM, n.31, hiver 2000, p.19)